Royaumont
Les Entretiens de Royaumont
12 janvier 2023
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Les Entretiens de Royaumont
12 janvier 2023

A la rencontre de Moby Dick, les peurs et les mauvaises décisions !

Un cachalot attaque le Baleinier « L’Essex » en novembre 1820, conduisant au naufrage du bateau. Les hommes réussirent avant que le navire ne sombre à récupérer les instruments de navigation et des vivres qu’ils placent dans trois embarcations de secours. Mettons-nous à la place de ces hommes vivant une véritable situation de crise et devant prendre des décisions importantes pour leur survie en un temps très court…  Peut-être ont-ils ressenti de la peur, de l’angoisse, des doutes… Ils ont tout de même pu passer à l’action.

La peur est à l’origine là pour nous indiquer un danger et nous permettre de survivre. Ces marins l’ont légitimement ressenti… le problème est que la plupart de ces peurs proviennent principalement de notre imagination et influencent nos décisions, nous avons cette faculté à fabriquer des histoires. On a de nombreuses peurs qui sont généralement irrationnelles (Chaque enfant redoutait celles des monstres sous le lit ou dans les placards). En grandissant, on abandonne en général ce type de peurs fabriquées par notre esprit, ces schémas, car nous comprenons qu’elles ne sont pas réelles (allégorie de la caverne : les ombres sont perçues comme des choses menaçantes). Mais certains d’entre nous qui ont un esprit très créatif ne parviennent pas toujours à les abandonner. Il faut dire que les sentiments de peur et d’insécurité sont entretenus par les médias et particulièrement par les chaines d’informations continues et ceux qui ont intérêt à ce qu’on ressente cette appréhension pour pouvoir y répondre, contribuant à nous rendre pessimiste et perdre de vue les vrais dangers.

L’homme est optimiste par nature, mais la société dans laquelle nous vivons tend à le rendre de plus en plus pessimiste et, de fait, de moins en moins enclin à les affronter. Robert Louis Stevenson a écrit : « il est inutile de fuir ses faiblesses, il nous faut les affronter ou périr, et quitte à les affronter autant le faire tout de suite et le plus directement possible… ». C’est sans doute ce que ces naufragés auraient dû faire pour effectuer un meilleur choix, qui leur aurait sans doute sauvé la vie plutôt que d’en condamner la moitié à la mort, et finalement matérialiser la représentation d’une de leur pire crainte. En effet, dans les 24 h qui ont suivi le naufrage, ils étudièrent les différentes options qui s’offraient à eux. Les îles Marquises étaient les plus proches, cela aurait donc été un choix plutôt logique. Cependant ils avaient entendu dire que la population était cannibale. Cette option fut donc très rapidement écartée. La deuxième était de se diriger vers Hawaii mais en cette saison, ils devraient sûrement affronter de violentes tempêtes qui amputeraient sérieusement leurs chances de réussite. La troisième, la plus longue et incertaine, était d’essayer de gagner les côtes d’Amériques du Sud à plus de 2500km, tout en sachant qu’ils n’auraient pas assez de nourriture. Ils choisirent cette dernière « voie » car elle leur apparaissait moins effrayante au premier abord. Et finalement, seulement la moitié de l’équipage termina le voyage en ayant dû manger les autres : c’est assez ironique d’avoir été capables de reproduire ce qui les effrayaient le plus car ils étaient en situation de survie.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ces hommes auraient pu clairement éviter toutes ses souffrances s’ils avaient choisi d’aller vers les Marquises. S’ils avaient préféré la menace de la famine bien réelle à la peur fictive d’être « dévorés ». Combien de fois se raconte-t-on des histoires qui conduisent à des peurs imaginaires ? Peurs qui engendrent souvent bien pire que le scénario que l’on a « fabriqué ». La solution serait peut-être de changer les schémas anxiogènes en prenant du recul et en essayant d’utiliser la rationalité, de passer à l’action pour affronter nos peurs plutôt que de les laisser diriger nos vies.

A vous de jouer et quitte à se faire un film, autant privilégier la voie de la comédie au drame.

Mobidik Livre